GQ n°17 - Salon, Sous les Jupes des filles... - Maïa Mazaurette

Publié le par Hugo

Cet article a été écrit par Maïa Mazaurette, dans la rubrique Salon/Sexe du dernier GQ. Elle y dépicte une vision féminine de ce que les hommes pourraient penser de la raison pour laquelle les femmes portent des jupes. Je ne sais pas si vous m'avez suivi jusque là, mais en claire, elle se moque des stéréotypes que portent les hommes sur le port de la jupe par les femmes en été. Une petite leçon d'humilité?...



Sous les jupes des filles:


          " Vous vous promenez dans la rue, dans un parc. C'est l'été, il fait beau. Vous remarquez autour de vous toutes ces créatures aux jambes dénudées, offertes... Eh bien non, désolé, ce n'est pas du tout ce que vous pensez. Notre chroniqueuse Maïa Mazaurette dissipe les malentendus.


           Les hommes sont des petites créatures naïves dotées de poils autour de la bouche. Chaque été, leur horloge biologique les pousse à hanter parcs et cafés à la recherche d'un mollet féminin, d'une cuisse qui bronze, d'une jupette qui s'envole. Et chaque été, ils nous ressortent la même théorie avec de grands yeux pleins d'espoir: si cette demoiselle montre ses gambettes, c'est bien qu'elle veut choper. Non? Ha, ha, ha... non! Et je vais vous expliquer pourquoi. Bien sûr, les femmes ont conscience de l'effet que leurs jambes produisent. Elles jouent avec le désir masculin, elles poussent les hommes à bout, elles les torturent... Elles savent à quel point les mâles sont dominés par leurs instincts, en conséquence de quoi, l'été est le moment où elles leur font payer l'inégalité des salaires, l'exploitation du corps féminin et les chaussettes sales roulées en boule. Ce n'est pas une vengeance inconsciente, bien au contraire. Soyez assurés qu'une femme choisit une jupe comme elle choisirait un 9mm chez son armurier.

          Mais la théorie masculine selon laquelle "jupe = disponibilité sexuelle" part du principe que les femmes agissent en fonction du regard masculin. On appelle ça du phallocentrisme. Veuillez donc enlever ce pénis de votre cerveau et redescendre sur la planète terre. Hors pics libidineux, une femme s'habille d'abord pour elle-même et ensuite pour les autres femmes. Montrer ses jambes est une drogue narcissique: on se sent jolie, ça rend heureuse, hourra! Mais l'extase consiste à obtenir l'approbation des autres femmes, qui sont des rivales, et par conséquent, savent apprécier la qualité d'une épilation du genou. Et les hommes? Ils sont juges et partie: leur avis ne compte pas plus qu'au tribunal.

          Les femmes portent donc des jupes parce qu'il fait chaud. Si les hommes essayaient de porter des jupes, il est probable que l'industrie du pantacourt ou du short s'écroulerait. Ne rien avoir entre les jambes est tout simplement plus confortable et plus rafraichissant. Quand une femme veut attirer l'attention d'un homme, elle montre ses seins, et/ou ses cuisses. Mais la zone qui s'étend de la cheville à cinq centimètres au dessus du genou est est sexuellement neutre, un peu comme les bras. Une jupe raisonnable n'est donc pas une invitation, ni une manière délicate de faire le premier pas. Une jupe n'est pas la preuve qu'il y a moyen de moyenner - contrairement aux talons-aiguille.

           A propos de talons-aiguille d'ailleurs, les hommes croient que les soldes incarnent la folie marchande. Rien n'est plus faux. Sous prétexte de se battre pour une paire d'escarpins, les femmes échangent leurs dernières ruses pour aiguillonner le désir masculin. C'est le sabbat des temps modernes: les sorcières ne sont pas sadique, elles savent que les hommes adorent qu'on les maltraite. Le râteau a simplement remplacé le balai. Quand vous voyez un groupe de femmes en jupe dans un parc, il faut savoir qu'elles ne sont ni amies ni collègues: plutôt sœurs d'armes dans une unité d'infanterie. Elles ramollissent votre cerveau pour vous pousser à la faute et saboter votre productivité. Elles attendent, non pas tapies dans l'ombre mais en pleine lumière de vous piquer votre boulot. N'espérez rien des femmes en été. Leur libido est au point mort, pas question de sexe, il fait trop chaud pour frictionner leurs corps. Elles préfèrent sentir le vent caresser leurs fesses , pendant que vous, petites créatures naïves, crevez de frustration. Car oui, les femmes sont méchantes. "

Maïa Mazaurette, GQ n°17, Juillet 2009, Salon/Sexe.



Maïa Mazaurette vit à Berlin, d'où elle dissèque les habitudes  sexuelles de ses contemporains sur son blog (sexactu.com) comme dans les livres. Elle a publié récemment Peut-on être romantique en levrette? (Editions La Musardine).

Publié dans Actus

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